Texte
Photo ©Jean-Baptiste Millot
Keyvan Chemirani est né à Paris en 1968. C’est sur les hauteurs des collines de Manosque, dans les Alpes de Haute Provence, que Keyvan grandit et s’imprègne des musiques orientales et méditerranéennes. Son père et maître, Djamchid Chemirani lui transmet le savoir traditionnel des percussions persanes. C’est le maître de Djamchid, Ostad Hossein Teherani, qui propulse le zarb de simple instrument accompagnateur à celui de soliste. Keyvan est marqué par une enfance heureuse où il a la chance de s’endormir sur les coussins du salon en entendant jouer en « live » les grands maîtres de la tradition persane (Darioush Tala’i ou Majid Kiani), dans une maison où l’on écoute aussi Purcell, Brassens ou les Mont-Joia !
Jusqu’en 1989, Keyvan Chemirani suit parallèlement des études de mathématiques jusqu’en maîtrise et entame une carrière internationale en tant que soliste et accompagnateur. Avec son père et maître Djamchid et son frère Bijan, ils forment le Trio Chemirani et se produisent partout dans le monde. Tout en puisant dans la poésie persane (dont s’inspirent les rythmes traditionnels), les Chemirani composent et développent des formes modernes où l’accent est mis sur les polyrythmies et la multiplicité des sons ; le trio dévoile à son auditoire les possibilités infinies des percussions persanes. La parfaite concision du langage, la vertigineuse circulation du dialogue, la variation infinie du toucher conjuguées avec une complicité hors du commun, font de cette formation une réussite scénique et discographique complète. Ses différentes rencontres musicales (flamenco, musique ottomane, grecque, arabo-andalouse, carnatique, jazz), lui ont permis d’appréhender les caractères particuliers de différentes traditions.
La science de la métrique de l’Inde – du Nord et encore plus du Sud – a toujours fasciné Keyvan Chemirani, il fait plusieurs voyages pour comprendre la pensée de la musique savante carnatique. A la fois influencé par les musiques modales méditerranéennes (du bassin méditerranéen jusqu’à l’Inde) et par les grands interprètes de jazz, il essaye de trouver un langage commun entre ces différentes cultures musicales. Musicien prolifique et curieux, Keyvan Chemirani s’investit dans des collaborations fructueuses.
Il donne de nombreux concerts avec différentes formations traditionnelles : l’Ensemble Kudsi Erguner (musique ottomane), l’Ensemble de Ross Daly (musique grecque et turque), avec la chanteuse mongole Urna, le trio Eric Marchand avec Thierry Robin, avec Françoise Atlan (musique et chants judéo-espagnols), avec Juan Carmona (flamenco).
Première création de Keyvan Chemirani, Le Rythme de la parole voit le jour en 2004. Un projet ambitieux qui permet à Keyvan Chemirani de rassembler autour de lui des invités venus d’horizons musicaux différents (Mali, Inde du Sud, Iran, Maroc, Provence, Bretagne, Judéo- arabo- andalou, Turquie, Pakistan). Ce premier opus est suivit en 2006 du Rythme de la parole II, mettant en scène les chanteurs Ali Reza Ghorbani, Nahawa Doumbia et Sudha Raghunathan - traditions vocales de l’Iran, du Wassolon (Mali) et de l’Inde. La percussion épouse le rythme de la parole parlée et chantée, qui dès lors se trouve comme libérée de son cadre prosodique, grâce aux propositions aussi subtiles qu’inattendues du jeune percussionniste.
Lors du festival international des musiques nomades à Nouakchott en 2005, Keyvan Chemirani rencontre le chanteur mauritanien Mohamed Salem Ould Meydah. « Coup de foudre » musical, leur rencontre se poursuivra lors d’une résidence au Festival des 38e Rugissants en France, et aboutira à la création Tahawol, une rencontre inédite entre percussions persanes, danses et chants flamenco et mauritaniens.
À travers sa participation à Royaumont à des rencontres où s’articulent la poésie orale du slam et l’expérience musicale - Slam et percussions (création 2005, avec Serge Teyssot- Gay, Bijan Chemirani, Frederic Netcheverlian et Mike Ladd) et Slam et souffle (création 2006, avec Félix Jousserand, Nada et Abdel Haq Aït Saïd), Keyvan Chemirani transfère dans le champ des musiques actuelles et urbaines la jonction qu’il a su opérer dans le Rythme de la parole entre structures prosodiques et musicales de plusieurs langues chantées.
L’année 2008 est marquée par la rencontre entre le zarb persan de Keyvan Chemirani et le tabla indien de Pandit Anindo Chatterjee. Cette rencontre se matérialise par le disque Battements au cœur de l’Orient. Afin d’enrichir l’échange, Keyvan s’entoure de musiciens remarquables : sa sœur Maryam Chemirani au chant, le joueur de sarod Ken Zuckerman, Socratis Sinopoulos (kemenche), Stelios Petrakis (lyra), Bijan Chemirani (zarb, saz), Henri Tournier (bansuri).
Parallèlement, Keyvan collabore de plus en plus avec des musiciens de jazz qui eux aussi se nourrissent de différents styles musicaux : Sylvain Luc, Didier Lockwood, Renaud Garcia Fons, Louis Sclavis, Michel Portal, Jean-Marie Machado..., ainsi qu’avec des ensembles de musiques anciennes (ensemble Gilles Binchois dirigé par Dominique Vellard) et baroques (La chapelle rhénane dirigé par Benoit Haller où il enregistre Les psaumes de David de Schütz, puis la Cappella méditerranea dirigé par Léonardo Garcia Alarcon qui l’invite comme soliste et avec qui il crée Il diluvio universale de Falvetti à Ambronay, puis Nabucco, toujours de Falvetti), ainsi qu’avec le violoncelliste Jean-Guihen Queyras.
Il continue d’investir les musiques traditionnelles mais dans des répertoires résolument tournés vers la création : Ivresses autour des textes de Omar Khayam et des chanteurs iranien Ali Reza Ghorbani et tunisien Dorsaf Hamdani, et Mélos où il compose et arrange pour des artistes traditionnels grecs (le groupe En chordais de Thessalonique), Flamenco (l’ensemble de Juan Carmona) et de maalouf tunisien (autour de Dorsaf Hamdani).
En 2013, il crée à Royaumont une première mouture du « Rhythm Alchemy » centré autour du trio familial, mais en ouvrant sur les percussions du sous-continent indien, et occidentales, continuant d’interroger le rapport à la prosodie (travail sur les rythmes chantés des différentes cultures, rapport musique-poésie), avec l’apport de deux cordes frottées pour soit soutenir soit exalter l’édifice musicale (Vincent Ségal au violoncelle et Sokratis Sinopoulos à la lyra).
En 2014 création de « Avaz » au centre Amzer Nevez en Bretagne. Autour des voix d’Annie Ebrel et de Maryam Chemirani, Hamid Khabazi et Sylvain Barou tissent les liens entre les cultures bretonnes et perses, où les gwerz répondent aux poèmes mystiques persans du 12 et 13ème siècle (Hafez, Rumi...).
En septembre 2015 à Ambronay, Keyvan crée « Jasmin Toccata » créant des passerelles entre les chaleureux et délicats instruments baroques (le théorbe de Thomas Dunford et le clavecin de Jean Rondeau) et le monde de la modalité moyen-orientale.
C’est ensuite « The Rhythm Alchemy » qui est recréé en invitant dans l’ensemble Julien Stella au beat-box et à la clarinette basse. Le programme est joué de nombreuses fois et rencontre un vif succès (Opéra de Lille, Opéra de Lyon, Théatre antique d’Epidaure pour le festival d’Athènes, Berlin Philharmonie, Köln Philharmonie...)
En 2018, création de « Hâl, le voyage amoureux », pensée lors d’une carte blanche proposée par le festival de Saint-Denis puis concrétisé au festival « les rares talents » à Montreuil et à l’abbaye de Royaumont, qui met à l’honneur la voix chaude et charismatique de Maryam Chemirani ainsi que le virtuose Sylvain Barou aux flûtes bansouri et celtiques.
Apres « Jasmin Toccata » qui rencontre un grand succès (plus de 50 concerts dans toute l’Europe), Keyvan approfondit ses liens avec la musique baroque en continuant les collaborations avec de grands artistes lyriques (Léa Desandre, Emiliano Gonzales Toro) et en composant pour différents ensemble à cordes (Le quatuor Debussy, l’ensemble Rezonanz basé à Hambourg, ou le Scottish Ensemble de Glasgow).
En avril 2022, il compose la musique originale du long métrage «Behula» (Pathé- Gaumont).
En octobre 2022, Keyvan compose et crée la musique de l’opéra «Negar», mis en scène par Marie-Eve Signeyrole au Deutsch Oper de Berlin, repris à l’opéra de Montpellier en avril 2024, dont les retours sont enthousiastes.
En septembre 2023, il crée à Royaumont « Tales of New Ancient Rhythms » avec la violoniste Yukari Aotani, le pianiste Benjamin Moussay et son frère Bijan. Un travail autour de la transe et des modes orientaux qui mêle le jazz, la culture classique et la musique orientale.